"...L'artiste, pour ne pas briser son art, ni son âme, doit être simplement,

en tant qu'artiste, ce que l'art veut qu'il soit, un bon ouvrier.

Mais voici que le monde moderne, qui avait tout promis à l'artiste,

bientôt ne lui laissera plus qu'à peine le moyen de subsister.

Fondé sur les deux principes contre nature de la fécondité de l'argent

et de la finalité de l'utile, multipliant sans aucun terme possible

les besoins et la servitude, détruisant le loisir de l'âme,

soustrayant le factibile matériel à la régulation qui le proportionnait

au fin de l'être humain, et imposant à l'homme le halétement de la machine

et le mouvement accéléré de la matière, le système de rien que la terre

imprime à l'activité humaine un mode proprement inhumain,

et une direction diabolique, car le but final de tout ce délire

est d'empêcher l'homme de se souvenir de Dieu.

     Dum nil perenne cogitat,        Ne cogitant rien d'éternel

     seseque culpis illigat.             Il s'enchaîne à ses fautes.

Par suite il doit logiquement traiter en inutile, donc en réprouvé,

tout ce qui à titre quelconque porte la marque de l'esprit.

 

Jacques MARITAIN ( Art et Scolastique)